Financer un premier appareil pour une compagnie en démarrage : ce qu'un comité de crédit vérifie
Une compagnie en démarrage demande à un loueur ou à une banque d'engager un actif de plusieurs dizaines de millions de dollars sur une société sans historique et, le plus souvent, sans certificat de transporteur aérien — l'AOC. Le comité qui reçoit le dossier ne juge pas l'idée. Il juge si le loyer sera payé au dix-neuvième mois — et comment l'appareil revient s'il ne l'est pas.
Pourquoi un démarrage se lit autrement
Une compagnie installée s'évalue sur des comptes audités et un historique de paiement. Une compagnie en démarrage n'a ni l'un ni l'autre : le dossier est une projection. Le comité lit donc qui est derrière, ce qui a été versé, et ce qui est exécutoire.
Ce que le comité lit vraiment
- Des sponsors identifiables, un apport versé. Des actionnaires identifiés jusqu'aux bénéficiaires effectifs, et un capital sur un compte bancaire plutôt que dans une lettre d'intention. Ordre de grandeur, tel que publié dans nos notes de marché : 20 à 30 % d'apport. La term sheet d'un investisseur n'est pas un apport ; un relevé bancaire, si.
- Le chemin vers l'AOC. La certification d'un nouvel exploitant suit cinq phases alignées sur la pratique OACI : pré-candidature, demande formelle, évaluation documentaire, démonstration et inspection, certification. Le comité veut savoir où en est le dossier, correspondance de l'autorité à l'appui — pas « AOC attendu l'été prochain ».
- Le test financier du régulateur lui-même. Dans l'Union européenne, le règlement (CE) n° 1008/2008 impose à un primo-demandeur de démontrer qu'il peut honorer ses obligations pendant 24 mois à compter du début de l'exploitation, et couvrir ses coûts fixes et d'exploitation pendant trois mois sans aucune recette. Un comité applique sa propre version de ce test.
- L'équipe dirigeante. Des responsables désignés qui ont déjà tenu ces postes en compagnie, et un directeur financier qui a déjà traversé une mauvaise saison de trésorerie.
- Le plan sous contrainte. Le scénario central se lit en dernier. Ce qui compte, c'est la trésorerie quand l'AOC glisse de deux trimestres, que le remplissage reste sous le plan, et que carburant et dollar évoluent dans le mauvais sens le même mois.
Les sûretés
Pour un crédit jeune, les sûretés sont le prix d'entrée, pas une variable de négociation.
- Dépôt de garantie et réserves de maintenance. Un dépôt compté en mois de loyer — plus nombreux pour un crédit jeune — et des réserves versées chaque mois plutôt que soldées en fin de bail. Une lettre de crédit peut remplacer le dépôt et, plus rarement, les réserves : elle préserve la trésorerie mais consomme les lignes bancaires. Pour le loueur, son produit est aussi moins exposé que du numéraire à une réintégration dans le patrimoine de la compagnie en procédure collective.
- Juridiction et reprise de l'appareil. Où l'appareil sera immatriculé, si cet État a ratifié la Convention du Cap et son protocole aéronautique, et avec quelles déclarations : la « Variante A », assortie d'un délai d'attente de 60 jours calendaires au plus, est le standard retenu par l'OCDE pour ses déclarations qualifiantes. Une IDERA enregistrée auprès du registre est attendue. Beaucoup de comités partent de l'indice de conformité de l'Aviation Working Group, mis à jour deux fois par an. Hors Convention, ou sans exécution éprouvée : davantage de dépôt, une garantie, ou un refus.
- Assurances. Corps tous risques, risques de guerre et responsabilité civile, le loueur et ses financeurs désignés assurés additionnels selon l'avenant standard du marché (AVN67B).
- Garanties. Quand la société d'exploitation est légère, une garantie de la maison mère ou d'un sponsor — qui vaut le bilan du garant et son caractère exécutoire, pas davantage.
Un comité ne cherche pas un plan optimiste. Il cherche un plan qui paie encore le loyer dans le mauvais scénario — et une structure qui restitue l'appareil si même cela échoue.
Dry lease, finance lease ou passerelle ACMI
Dry lease. L'appareil vole sous l'AOC du preneur — c'est la définition qu'en donne le droit européen — donc rien ne démarre avant le certificat. Un loueur signera une lettre d'intention avec l'AOC en condition suspensive ; les dates qui s'y attachent, et le sort du dépôt si elles glissent, méritent autant d'attention que le loyer.
Finance lease ou lease-purchase. Le financeur porte à la fois le crédit d'une société sans historique et la valeur résiduelle. Il demande davantage d'apport et, presque toujours, un garant. C'est rarement la structure d'un premier appareil.
Passerelle ACMI. Une capacité louée en ACMI vole sous l'AOC du fournisseur : elle peut porter une première saison pendant que votre certificat mûrit — dans la limite de ce que votre autorité permet à l'entité qui commercialise les vols. L'heure bloc coûte plus cher, mais sans exposition à la valeur résiduelle, et elle produit les données d'exploitation qu'un comité voudra voir ensuite.
Pourquoi les dossiers sont refusés
- Un apport promis, pas versé.
- Un calendrier d'AOC sans correspondance de l'autorité pour l'étayer.
- Un seul scénario, et c'est le bon.
- Dépôt et réserves traités comme des points à négocier à la baisse.
- Un actionnariat impossible à remonter jusqu'à des personnes identifiables, ou qui ne passe pas le filtrage sanctions — auquel cas il n'y a aucune introduction.
Ce que « bancabilité testée d'abord » veut dire au cabinet
Notre premier jalon est la qualification et le NCNDA. Pour une compagnie en démarrage, il consiste à lire le dossier comme le fera un comité : bénéficiaires effectifs identifiés, filtrage sanctions, puis les points ci-dessus, un par un. Si le dossier tient, nous disons quelle structure convient et à quelles conditions — alors seulement il est présenté à des loueurs ou à des financeurs. Sinon, nous le disons en semaine 1, avec ce qui changerait la réponse. Auprès des quelques contreparties qui financent des démarrages, une première impression ne se fait qu'une fois.
Le reste relève de notre discipline habituelle : des dépôts qui transitent par des agents d'escrow spécialisés. La sortie se négociant à l'entrée, la term sheet se lit avec ses conditions de restitution.
Vous préparez le financement d'un premier appareil ?
Envoyez-nous les grandes lignes du business plan, l'actionnariat qui le porte et l'appareil visé. Nous vous disons ce qu'un comité de crédit demandera — avant que vous n'approchiez le marché.
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